Marché aux Fleurs, Tarascon
Cela fait un moment que je me disais, il faut que je parle un peu de Tarascon. J'écris sans arrêt sur la galerie et notre maison en Provence, mais la ville elle-même joue un rôle central dans cette aventure, évidemment.
Entre Tarascon et moi, c’est une longue histoire de « je t’aime, moi non plus », mais comme on dit, l’amour triomphe de tout !
La toute première fois que j'en ai entendu parler sérieusement, j'étais adolescente. Mes parents m'ont annoncé qu'on quittait Paris pour aller s'enterrer dans une petite ville de province dont le nom sonnait pour moi comme une blague. Jusqu'alors, ma seule référence était le roman d'Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon, sur ce héros local un brin fanfaron et bedonnant, ainsi que sur les autres habitants de cette petite bourgade provençale.
Place de la Concorde, Tarascon
Déraciner une ado n'est jamais simple. C'était dur de laisser derrière moi mes amis, ma vie, ma ville, ma culture.
Même si je suis née à Aix-en-Provence et qu'une grande partie de ma famille vivait dans le Sud, cette région était pour moi un décor de vacances d'été, pas un véritable lieu de vie.
Le déménagement a coïncidé avec mon entrée au lycée, et l’intégration n’a pas été facile. Pour mes camarades, j'étais « la Parisienne ». Eux, et même certains professeurs, s'en donnaient à cœur joie pour taquiner mon accent « pointu », ou plutôt mon absence totale d'accent.
J'ai encore un souvenir très vif de ce jour où l'on m'a envoyée au tableau pour résoudre une équation particulièrement tordue. J'ai été totalement prise de court par mon prof de maths, un brin malicieux, qui m'a lancé d’une voix tonitruante un : « Esquiche ! » Panique à bord. J'étais là, à recalculer frénétiquement dans tous les sens, sans comprendre un mot de ce qu'il disait, cherchant désespérément ce que j'avais pu rater (ce qui ne m'arrivait pas souvent, j'étais plutôt du genre première de la classe). Il me demandait simplement, en forçant volontairement son accent, de « serrer » mon écriture pour gagner de la place sur le tableau. Toute la classe a éclaté de rire.
Même si cette expérience a renforcé ma détermination à fuir l'endroit pour retourner à Paris dès le bac en poche, j'ai aussi commencé à apprécier cette vie locale, dans ce qui était encore une petite ville très rurale de 10 000 habitants, mais habitée par une identité culturelle incroyablement forte.
Tous ces souvenirs me sont revenus en bloc l'autre jour, alors que je flânais tranquillement au Marché aux Fleurs annuel.
La sensation était grisante. J'ai commencé mon tour en découvrant les différents étals de gourmandises et d'artisanat sous les arches médiévales de la rue des Halles, savourant cette atmosphère joyeuse et m'émerveillant de voir autant de personnes vêtues de costumes traditionnels d'époque.
Costumes traditionnels
J'ai même acheté une petite estampe de la Tarasque (notre monstre légendaire local tout droit sorti du Moyen Âge) à un graveur sur bois, en bonne visiteuse disciplinée.
Estampes, Atelier du Pib
En arrivant sur l'esplanade, j'ai été coupée dans mon élan par le spectacle incroyablement coloré de toutes ces fleurs, ces plantes et ces poteries. Le Marché aux Fleurs de mes souvenirs n'avait jamais été aussi vibrant et magnifique.
Marché aux Fleurs, Tarascon
Je n’ai pas pu m’en empêcher : j’ai acheté quelques pots de fleurs pour les balcons, alors que je m'étais juré de reporter la décoration et les plantations à l’année prochaine, une fois les travaux de rénovation terminés.
Et sur le chemin du retour, j’ai eu un petit sourire en croisant un vieux monsieur, seul, en train d’admirer des tracteurs anciens pendant que tout le reste de la ville s'agglutinait de l’autre côté, autour des fleurs.
Le vieil homme et le tracteur
Une fois rentrée à la maison, je me suis promis de préparer une toute nouvelle exposition à la galerie pour ce même week-end l’an prochain. Quelque chose d'aussi poétique, joyeux et inspirant que la fête qui battait son plein dehors.