Corbeaux

 

On se rapproche enfin du début des travaux.

Tout prend du temps, beaucoup de temps, mais au regard de l’ampleur du chantier, rien d’étonnant.

Alors comment va-t-on s’y prendre ? Pas le choix : avancer étape par étape. Un calendrier prévisionnel commence donc à se dessiner.

Premier trimestre 2026 : façade nord, toitures et travaux intérieurs du rez-de-chaussée pour installer la galerie.

L’architecte des Bâtiments de France, l’architecte de la mairie et plusieurs spécialistes de la restauration de vieilles pierres sont déjà venus visiter la maison et formuler leurs recommandations. En les écoutant, je découvre un passé plus complexe et plus énigmatique que ce que j’imaginais.

En lisant leur rapport, un simple détail de localisation me plonge immédiatement ailleurs : “Gâche du Château, à l’intérieur de la 1ère enceinte (XIIIᵉ).

Au Moyen Âge, il s'agissait d'une zone militaire ou d'un ensemble de casernes construites contre les murs du château.  

L’architecture semble le confirmer. Dans l’aile Est, de grands corbeaux de pierre, ces saillies massives qui supportaient passerelles, planchers ou chemins de ronde, subsistent encore.

Deux à l’intérieur de la maison, dans une salle de bain et dans un couloir. Et un magnifique troisième en extérieur, plus visible, parfaitement aligné avec les autres, soutenu par une succession d’arcs complexes.

Il révèle non pas un vestige isolé, mais un véritable système comme si le Moyen Âge avait laissé là trois témoins silencieux.

Corbeau du Moyen Âge

Le XIIIᵉ siècle correspond à la construction du premier château de Tarascon, bien avant celui que l’on connaît aujourd’hui, rebâti entre 1400 et 1435.

Alors je me pose une question vertigineuse. Est-ce que cette partie de la maison aurait survécu au siège de Tarascon dirigé par Du Guesclin en 1368 ?

Je ne m’étais pas posé ce genre de question depuis l’école primaire, à l’époque où l’on nous enseignait encore la guerre de Cent Ans avec ces anecdotes un peu fantaisistes qui marquent les enfants.

Je me souviens de cette histoire où Du Guesclin, réveillé en sursaut par une attaque ennemie, serait sorti nu de sa tente, épée en main.

Nous avions sept ans et cela nous avait fait éclater de rire.

La bataille d’Auray, d’après la Chronique de Bertrand du Guesclin par Cuvelier

Et pourtant, aujourd’hui, ce même nom réapparaît au détour d’un rapport d’architecte. Le passé refait surface, parfois là où on ne l’attendait plus.


 
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