Rénovations !
Depuis que Papa est allé rejoindre Maman à la Résidence, où chacun profite désormais d’une petite chambre de 15 m² et de toute l’attention qu’ils méritent, les 470 m² de leur grande maison sont restés silencieux.
Une maison “dans son jus”, comme on dit. Mais il faut bien l’avouer : ce jus-là n’a plus le parfum d’antan.
Les visites s’enchaînent. L’adresse et la description séduisent sur le papier, mais, à chaque fois, le verdict tombe, bref et sans appel : travaux.
Travaux à prévoir. Travaux à imaginer. Travaux à redouter.
Alors, on baisse un peu le prix, le cœur serré, car nous, nous la voyons autrement. Avec les yeux du souvenir.
Façade endormie, en attente de lumière.
Je m'en souviens comme si c'était le jour de notre emménagement : la maison était encore à moitié finie, mais pleine de promesses. Comme si c'était la semaine précédant la rencontre entre mes futurs beaux-parents et mes parents, lorsque nous avons passé la nuit à rendre la salle à manger présentable. Comme si c'était le jour de mon mariage, après un mois de peinture, de nettoyage et de compositions florales, lorsque la maison, l'espace d'un instant, a retrouvé toute sa splendeur.
Je me souviens aussi de l’époque où mes parents, pleins d’énergie, accueillaient les enfants pour trois semaines de vacances d’été. Puis des années où l’énergie s’est émoussée, où Papa s’est mis à avoir d’étranges idées de décoration, où Maman a cessé de marcher. Et peu à peu, les objets ont envahi les pièces, oubliant qu’un objet essentiel existe : la poubelle, et qu’elle aussi doit être vidée.
Il y a 48 ans, la maison résonnait de rires et de conversations, et le champagne coulait autant que les souvenirs.
Alors oui, après le grand tri, le nettoyage, la réorganisation, les années de négligence sont encore visibles. Et le premier mot qui vient à l’esprit quand on franchit le seuil, c’est bien celui-ci : travaux.
Mais moi, derrière la poussière, j’aperçois déjà la lumière. J’imagine les murs nus comme une toile vierge, les volumes anciens mis en valeur, la cour réchauffée par la lumière provençale. Et pas à pas, étape après étape, ce lieu va retrouver son éclat, prêt à accueillir un espace d’art vivant, entre histoire et création.
Entre les volutes du fer forgé, un aperçu des histoires à partager.