Inondation
J’ai dû décrocher Grand-Père.
Son bel uniforme de spahi convenait sans doute mieux aux chevauchées dans le Sahara qu’aux jours de grande pluie à Tarascon. Suspendu au mur depuis des décennies, il n’avait sans doute jamais imaginé finir menacé par un toit qui pleure.
Déjà, Napoléon III en avait fait la constatation, en visitant la ville en barque. Ce jour-là, William Bouguereau saisit de son pinceau l’instant décisif où l’Empereur s’arrête devant mon toit, pour un snapshot haut en couleur.
L’Empereur en barque s’arrête devant mon toit, snapshot peint par Bouguereau.
Celui-là même qui aujourd’hui me donne bien du souci. Ses fuites, ses larmes, ses surprises après chaque orage. Des cicatrices dans le plâtre, des marques sombres sur la pierre, des planches gondolées dans le grenier. Des témoins muets d’un entretien repoussé trop longtemps.
Alors, comme on le fait depuis toujours, j’ai ressorti les bassines. La solution D, répétée de génération en génération, installée comme un rituel de mauvais temps. On les dispose sous les gouttes, on écoute la pluie tambouriner comme un métronome ironique. Mais la solution bassine a fait son temps.
Sous les tuiles, les cicatrices de l’eau.
Il est grand temps de s’attaquer au problème à la racine… ou plutôt, à la source. Car au-delà du tracas d’un toit capricieux, c’est aussi une part de l’histoire de la maison qui se révèle. Chaque fuite dessine une mémoire, chaque trace raconte un épisode oublié. Réparer, ce ne sera pas seulement colmater. Ce sera redonner à la maison sa dignité, et peut-être offrir à Grand-Père la tranquillité qu’il mérite, loin des menaces d’orage.
Décroché à temps. Plus à l’aise dans le désert que sous la pluie de Provence.